Un peu d'histoire...

Le « Camembert de Normandie » tire son nom du village de Camembert situé dans le département de l'Orne (61).

« Il se tient à Vimoutiers tous les lundis, un gros marché où l'on apporte les excellents fromages du païs de Camembert » écrivait Thomas Corneille, en 1702, dans son Dictionnaire universel géographique et historique. On peut alors imaginer que sur ce marché le « Camembert » est l'un de ces fromages élaborés par les paysans du Pays d'Auge...

Mais on attribue à sa naissance la légende d'une rencontre : celle d'une fermière normande Marie HAREL et d'un prête réfractaire, l’abbé Charles-Jean BONVOUST, en 1791 en pleine révolution.
Originaire de la Brie, l'abbé, que Marie HAREL cachait dans sa ferme dans le petit village de Camembert, lui aurait transmis le secret de fabrication et d'affinage du fromage briard pour la remercier. Un transfert de compétences, qui aujourd'hui, entre élaboration et technique, offre au Camembert sa renommée.
Marie HAREL légua cette tradition à sa fille, également prénommée Marie, et à son gendre Thomas PAYNEL.

A partir de la première moitié du XIXème siècle, ce sont les descendants de Marie HAREL qui vont réellement développer la commercialisation de ce nouveau fromage.

C'est en 1863, lors de l'inauguration de la ligne de chemin de fer entre Paris et Granville par Napoléon III que le Camembert deviendra célèbre. En effet, lors d'une halte de l'Empereur à Surdon, Victor PAYNEL, le petit fils de Marie HAREL, n'oublia pas de lui faire déguster le précieux fromage. Charmé, l'Empereur en commandera régulièrement pour le servir au Palais des Tuileries. C'est Napoléon III lui-même qui assura la promotion du Camembert à Paris puis dans toute la France.

En 1890, un siècle après sa légendaire naissance, le Camembert poursuivra son chemin vers le reste du monde grâce à sa boite en bois de peuplier, aujourd'hui obligatoire, inventée par Eugène RIDEL, lui permettant grandement de voyager dans de meilleures conditions.

Avec l'amélioration des moyens de communication, la demande augmente, la fabrication s'étend à l'ensemble du Pays d'Auge où de nombreuses petites fromageries se créent passant petit à petit à un stade artisanal voire industriel.

En 1909, première tentative d'obtention de la reconnaissance de l'appellation d'origine du Camembert par le Syndicat des Fabricants de Véritable « Camembert de Normandie » (S.V.C.N.).

Mais la guerre de 1918 freinera cette reconnaissance. Les fromagers fournissent des Camemberts, en remplacement du Gruyère Suisse, à l'armée française ce qui accentuera brutalement la demande. A la fin de la guerre 10 000 Camemberts étaient fournis par jour aux magasins centraux de l'armée.
La production Normande devient alors insuffisante... de nouvelles régions en profitent pour développer leur propre production de Camembert.
Le Camembert restera dans la mémoire populaire, succès confirmé !

Le 19 juillet 1924, le tribunal de LOCHES déboute le S.V.C.N. « attendu qu’en effet l’initiative de fabrication du fromage originaire de CAMEMBERT remonte au XVIII ème siècle sans que jusqu’au procès actuel aucune intervention judiciaire ait été tentée en vue d’une limitation de cette appellation alors que de toutes parts se généralisait ...le « camembert » sous mention de diverses provenances... ».

Le 20 janvier 1926, la cour d'appel d'Orléans déclare public le nom de "Camembert" rendant seulement obligatoire la mention du lieu de fabrication.

C'est seulement en 1983 que l’AOC « Camembert de Normandie » sera attribuée pour les fabrications respectant le lien au terroir normand et les techniques issues de la tradition : lait cru, moulage fractionné, égouttage spontané, conditionnement en boîte en bois...